I'm the walrus, I'm the eggman...
Contrairement aux livres dont j'ai parlé précédemment et dont les titres ne laissaient pas beaucoup de place à l'imagination, Le Soleil des Scorta porte selon moi un certain mystère, créé une attente.

Le Soleil et les Scorta sont les deux repères spacio-temporels de ce roman.
« La chaleur du soleil semblait fendre la terre ». p. 1
« Le soleil se levait avec la lenteur magistrale d'un souverain. » p. 235
Le déroulement sur un siècle n'a rien de bien original et n'est ni gage de qualité, ni de médiocrité. Laurent Gaudé (35 ans !!!) s'en sort admirablement (de même qu'Oswald Wynd dont j'ai déjà parlé). L'évocation de cinq générations d'une même famille dans un village des Pouilles, région pour laquelle l'auteur porte une affection lisible, est d'une lecture suave. On la déguste, elle nous caresse les papilles. Le récit est solide, plein d'événements porteurs de sens ou créateurs d'attente. Les mots sont admirablement bien choisis, tant du point de vue du plaisir de la lecture que de celui de la méta-lecture.
« Il lui fallait le ciel entier, plein d'étoiles mouillées, pour épancher sa mélancolie » p. 230
La construction en dix chapitres composés de sous-parties rythme agréablement la lecture, chacun de ces chapitres se refermant par la voix fantomatique de la femme du clan.
« Vous avez pensé, comme tout Montepuccio, que j'avais glissé
dans l'eau gelée de la vieillesse et que je n'en reviendrais pas.
Et puis ce matin, je me suis présentée à vous,
je vous ai demandé de m'accorder un entretien et vous avez tressailli » p. 32
Le thème de la succession, de l'héritage, du poids du passé sont annoncés quasi d'entrée mais se développe et s'amplifie au fil des pages. La famille, la terre, le corps, les hommes, le ciel, la mer, la richesse, le bonheur, la vie, la mort, le silence, l'indicible... les personnages comme le lecteur se nourrissent de réflexions sur le sens ou la rupture du sens qui les entoure sur fond de filiation, de transmission, de secret, en somme du poids du passé proche et antérieur.
« tous les hommes sur son passage enlevèrent leur chapeau et baissèrent la tête,
conscients qu'à leur tour, ils ne tarderaient pas à disparaître et que cela ne ferait pas pleurer les oliviers. » p. 228
Bref, un livre qui se lit avec gourmandise et dont on découvre progressivement les ambitions. A déguster, donc.
Pour continuer sur la lecture, les intéressants résultats d'un sondage TNS-Sofres qui m'apprennent que je suis "grand lecteur" et moi qui trouve que je ne lis pas assez !



Voici donc ma minusculette critique d'Une odeur de gingembre d'Oswald Wynd, livre que je me suis en toute bonne foi fait offrir à Noël parce que franchement ce que j'en avait entendu au Masque et la Plume donnait vraiment envie de le lire, voire de le posséder.
Et à n'en pas douter c'est un très bon livre !!!
Ce livre paru en 1977 est écrit à la façon des romans post-romantiques de la fin 19e, début 20e (je parle bien sûr de littérature anglophone) tout simplement parce que l'action commence en 1903.
C'est un journal intime entrecoupé de lettres envoyées. Un seul point de vue du début à la fin, celui d'une écossaise partie à 20 ans en Chine se marier avec un jeune officier de l'armée britannique. L'histoire se déguste au fil de l'Histoire et on apprend énormément de choses sur l'extrême Orient de l'époque (l'auteur est né au Japon et y a vécu 20 ans) et autant sur le point de vue occidental sur cette culture...
C’est vraiment curieux comme l’on s’habitue vite à ne pas considérer ces serviteurs chinois comme des hommes. Depuis ces hôtels à Singapour et à Hong Kong, cela ne me fait plus rien si l’un d’eux entre dans ma chambre quand je suis en chemise de nuit, je ne le regarde pas plus qu’il m’observe.
chapitre 1
Le début du livre est d'ailleurs bourrés de réflexion post-victoriennes, qui sont un régal pour l'oeil contemporain.
Je me sens si loin de la maison et de maman en ce moment. Je suis assise là, à regarder les taches de rouille sur les boulons qui joignent les plaques de fer, en train de me demander si je crois à l’Enfer et au Paradis… Il n’est peut-être pas nécessaire d’y croire pour croire en Dieu ? Je serais soulagée si c’était le cas, et pourtant chacun des pasteurs que j’ai pu connaître dirait qu’un chrétien doit croire à la vie après la mort, à la récompense pour les bonnes actions et à la punition pour les mauvaises, et que l’on ne serait pas un bon chrétien si l’on ne pensait pas ainsi. Comment des millions et des millions de gens peuvent-ils croire qu’ils méritent que Dieu les garde pour toujours ?
Maman tomberait raide morte si elle savait que j’ose écrire des choses pareilles.
chapitre 1
..................................................................
Je me suis réveillée ce matin avec un mal de tête et dans cet état que les femmes doivent supporter. […] Je suis bien contente que cela m’arrive à un moment où je suis toute seule. Même à la maison avec maman c’était toujours une épreuve, non seulement parce que personne ne doit jamais en parler, mais encore parce qu’elle n’appréciait pas du tout le moindre signe attirant là-dessus son attention. J’ai été très surprise que Mme Brinkhill se mettre à me parler ouvertement de ces problèmes, comme s’il n’y avait aucun besoin de s’en cacher par délicatesse.
chapitre 1
Ces réflexions s'estompent au rythme où la jeune fille s'éloigne des carcans georgiens.
Mais elles laissent parfois place à des réflexions sur les nouveautés technologiques et les paris sur l'avenir et on sent que l'auteur a pris plaisir a les évoquer par petites touches.
Si nous devons absolument avoir de nouvelles inventions, je suppose qu’il est préférable de produire des amusements de ce genre plutôt que de nouvelles armes de guerre, mais si jamais le phonographe devenait réellement populaire et largement répandu, ce pourrait bien devenir un vrai fléau. Le monde n’a pas besoin de plus de bruit, il y en a déjà trop aujourd’hui.
chapitre 15
........................................................................
Il est possible qu nous fassions trop de manières en Occident pour bien des choses, car rien ne montre que les Chinois périssent parce qu’ils s’empoisonnent avec ces méthodes. Marie pense que d’ici la fin du siècle, ils auront submergé le monde, même les Russes, car elle prétend qu’il naît deux Chinois pour une autre personne ailleurs dans le monde. Je ne sais pas d’où elle tient ses statistiques, et je suis un peu sceptique.
chapitre 4
Et le lecteur apprécie de suivre l'évolution psychologique de cette héroïne (pas si?) banale.
L'écriture est agréable et fluide. Tout est très détaillé au début du roman et les entrées du journal intime deviennent petit à petit clairesemées.
Les descriptions sont vivaces ...
J’essayais de remettre la malle sous la couchette quand le bateau s’est mis à tanguer abominablement, avec une force que je n’aurais jamais soupçonnée. Le bateau se levait puis plongerai en avant brutalement, ce qui a d’abord eu pour effet de me jeter sur le sofa, puis contre la paroi de la cabine. Ma malle m’a suivie, et cette fois elle a cassé le pied du sofa.
Quelque chose comme une monstrueuse vague a heurté le bateau juste à la hauteur de ma cloison et tout de suite après le bateau s’est mis à trembler comme jamais, bien plus fort que les vibrations qui se produisent quand il est à pleine vitesse. Ensuite, un roulis m’a presque fait marcher sur le mur de la cabine et j’ai été persuadée que le bateau allait couler. Il semble qu’il m’a fallu un certain temps pour regagner ma couchette et y grimper. Une fois là, j’ai tenté de faire les fameux rouleaux de couverture mais cela n’a pas suffit à me maintenir et j’ai dû m’agripper à deux mains, d’un côté au rebord et de l’autre à une petite étagère au mur. On étouffait dans la cabine, mais je crois que c’était la peur qui me faisait transpirer.
chapitre 1
... et la technique de suspense est délicieuse. On sent que quelque chose va arriver... et ce quelque chose n'est jamais raconté... Les ellipses en disent plus que les narrations, n'est-ce pas ? Surtout quand le roman est écrit à la première personne.
Un seul détail, chers anglophones, lisez-le en anglais. Même si la traduction française d'une des Servan-Schreiber que j'ai sous la main se lit effectivement très bien, j'ai quand même l'impression d'être passée à côté de quelques petites choses...
En plus de mon impression, voici deux exemples :
Le titre The Ginger Tree est traduit par Une Odeur de gingembre, or cet arbre joue un rôle essentiel à la fin du livre... et par seulement pas l'odeur qu'il dégage.
Il y a un "virtuellement"........................ vous savez ce que j'en pense...





Copyright © 2006 Late Last Friday Night - Blog créé avec ZeBlog.com