I'm the walrus, I'm the eggman...

Une pièce de Brecht... on sait que le contenu, ce qu'on pourrait appeler le "scénario" sera sans équivoque... et effectivement rien à redire: Jean le paysan vit sa chute inexorable et tragi-comique, par excès de bonté et de simplicité, d'amour pour un coin de nuages et pour la lumière de la lune, la liberté, la joie...

Extrait : Jean retrouve Jeanne, sa femme.
Jeanne faible, serrée contre lui : Mais la femme ?
Jean : On s’en va sans rien dire.
Jeanne : Et le manège ? On n’a plus rien après !
Jean : Maintenant, je t’ai, toi. Ce n’est pas rien ! Je donne volontiers le manège pour toi ! Il l’emmène lentement.
Jeanne : Ce chemin descend vers la rivière noire.
Jean : Peu importe.
Jeanne : J’y étais tout à l’heure.
Jean : Maintenant, c’est fini.
Jeanne : Tu abandonnes pour moi ce qui t’appartient !
Jean : Mais c’est tellement bon de marcher comme ça !
L'intérêt (ou non) résidait donc dans la mise en scène de Jean-Claude Fall...
Je dois avouer qu'elle ne m'a pas totalement enthousiasmée.
Il était très plaisant d’arriver dans la salle et de voir les acteurs sur scène assis à écouter une fanfare tzigane… il le fut moins de les voir se lever, une fois les spectateurs assis, et de se mettre à chanter…
De même pour tous les interludes chantés que comporte la pièce d’ailleurs. Les textes des chansons sont des poèmes de Brecht et bien qu’ils semblent vouloir illustrer le propos de la pièce, ils jurent un peu trop à mon goût… Les acteurs clownesques par moment se transforment en chanteurs lyriques parfaitement sérieux et légèrement mielleux…
D’ailleurs, j’ai eu l’impression que certains acteurs avaient été choisis pour leurs capacités interprétatives musicales plutôt que dramatiques…
En revanche, la présence de l’orchestre qui ponctue les moments forts de la pièce est intéressante et rappelle les films de Kusturica à certains égards.
La première partie de la pièce se présente sous forme de tableaux. Des draps tombent les uns après les autres, illustrant en toile de fond les décors. Et ce jusqu’au manège :

La structure est impressionnante et utilisée à bon escient dans la plupart des cas… Deux grands moments, Jean, seul sur scène, debout sur une balançoire du manège, et Jean retrouvant son « ami » lorsqu’il garde des taureaux, figurés par les autres membres de la troupe assis sur les balançoires et coiffés de cornes.

David Ayala (Jean) porte la pièce sur ses épaules de façon magistrale. La figure tragique qu’il incarne à la fin de la pièce fait oublier ses trop nombreux sautillements du début. Et Isabelle Fürst interprète à merveille tous les personnages qu’elle endosse au fil de la représentation : servante, mendiant, berger… et elle chante admirablement.

Quand on va voir une pièce dont le seul et unique acteur va monologuer dans le rôle d’Antonin Artaud, on s’attend forcément à un moment déjanté, et quand on va voir une pièce dont le seul et unique acteur va monologuer dans le rôle d’Antonin Artaud qui nous raconte sa rencontre avec Hitler, on s’attend au pire !
Place du Parlement : je suis seule sur mon côté de trottoir, de l’autre côté un homme à l’air, il faut bien le dire, louche. Il traverse la rue en zigzaguant : « Je peux vous demander quelque chose ? » « Heu, oui… » « Vous faites des photos en noir et blanc ? » pas de réflexion : « Non, désolée » Phrase toute faite pour ce genre de situations… Puis je réfléchi… Etrange comme question… Bref, passons…

Il m’a fallu environ 20 minutes pour « rentrer » dans la pièce (bon, la tête de la dame, l’élocution en allemand de l’acteur et les surtitres illisibles ont contribués à ce temps relativement long pour une pièce d’une heure quinze) mais, ensuite, un régal !
20 minutes aussi car…
La moustache d’Hitler (qui n’a pas une « physionomie théâtrale, sauf peut-être pour un théâtre de province »), c’est effrayant…La folie ça dérange, forcément… Les cris, c’est fort et surprenant…
Mais tout ça est finalement très attachant et quand l’acteur se met à chanter du Dalida, on est conquis !!!
Le texte de Tom Peuckert est un bijou littéraire, la mise en scène de Paul Plamper époustouflante (la cage est truffée de micros, ce qui donne des effets sonores particulièrement intéressants) et le jeu de Martin Wuttke, une pure délectation !
PPS:
je n'ai pas trouvé sur le net la retranscription des 8 lignes d'Artaud
à Hitler, sur quoi Peuckert a basé sa pièce mais j'ai trouvé cette lettre d'Artaud
qui illustre bien son obsession du nazisme, lui qui appelait Hitler
« l’impur Moldo-Valaque de la race des singes innés ».








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