Perry Anderson : Essayiste britannique et historien de gauche (Marxiste).
4è de couv': Pour Perry Anderson, la culture française connaît depuis plusieurs décennies une impressionnante " dégringolade ". Repliée sur elle-même, largement ignorante des grands courants de pensée contemporains - philosophie analytique anglo-saxonne, sciences politiques italiennes ou sociologie critique britannique -, elle a cessé de rayonner sur le monde extérieur, comme c'était encore le cas au début des années soixante-dix. Elle est aujourd'hui marquée, sauf rares exceptions, par une fadeur consensuelle, incarnée par François Furet, auteur du Passé d'une illusion, et Pierre Nora, architecte des Lieux de mémoire, quand elle n'est pas dévoyée par la frivolité des " philosophes médiatiques ". Les principales revues françaises - et notamment Le Débat - auraient contribué à ce ralliement intellectuel à l'ordre établi que Perry Anderson qualifie d'" union sucrée ". Cette charge sans complaisance a été publiée à l'automne 2004 dans la prestigieuse London Review of Books.
La Pensée tiède, Un regard critique sur la culture française : Cet opuscule m'a à la fois séduite, énervée et rendue sceptique. Il y a plusieurs raisons à cela, notamment mon inculture. Je suis restée interdite devant sa thèse de menace" totalitaire" qui, selon lui, planait sur la France avec l'arrivée de Mitterrand au pouvoir. Voulait-il parler de l'URSS ? Bref, je n'ai pas vraiment compris. Et ce n'est pas la seule chose... Ce livre se présente comme "un regard critique sur la pensée française" mais se borne à présenter presqu'uniquement des aspects politiques et journalistiques. Anderson dédie une bonne partie de son ouvrage à François Furet et Pierre Nora, à qui, selon lui, on doit imputer tous les maux de la France des années 80. La culture française se résume-t-elle à une analyse politique ?
Le ton est incisif, voire méprisant (NB: j'ai lu la traduction, alors on ne sait jamais, peut-être que le traducteur s'est enflammé autant que l'auteur) : "consensus rassis", "dépression post-partum d'une révolution avortée", "la bien proprette Ve [République]", "une représentation nationale déjà bien fainéante [en français dans le texte]", "paysage déchu", "abétissement", et j'en passe.
J'ai toutefois été séduite par ses comparaisons entre la France et le Royaume-Uni, par son analyse de la poussée du FN en 84 et par la pertinence de ses propos sur le mandat présidentiel de 5 ans. Mais tout de même, comparer la victoire de Chirac en 2002 avec celle de Pétain en 1940...
Pour ce qui est de la forme, de la problématique

, j'ai eu l'impression d'une catalogue plutôt que d'une démonstration proprement dite. Et finalement, la 4è de couverture dit tout en ce qui concerne sa thèse... Je l'ai cherché toutefois dans le corps même de l'essai : La Ve République se démantèle, la pensée française conduit à des apories, la France est un contraste entre cosmopolitisme littéraire et provincialisme intellectuel (le fait que ce livre ait été traduit est en soi un pas en avant au niveau intellectuel, Mr Anderson, isn't it?)
Bref, ce petit livre désordonné donne, malgré tout, l'envie d'aller plus loin et de lire les auteurs qu'il cite.
Extrait : "l'état général de la vie intellectuelle est suggéré par l'importance étrange accordée à Bernard-Henri Lévy [...] ce grand nigaud, en dépit des preuves innombrables de son incapacité à saisir correctement un fait ou une idée." (franchement, qui croit vraiment que BHL est un philosophe???)
Pierre Nora: Commandeur de la Légion d'honneur, Officier de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres. Essayiste, universitaire et éditeur, spécialisé en historiographie et étude du sentiment national. Fondateur de la revue Le Débat.
La Pensée réchauffée : J'ai pris des notes sur La Pensée tiède, avant de lire la réponse de Nora pour ne pas être influencée. Dans une première partie, Nora fait le correcteur, il démonte point par point et désigne les failles de la démonstration d'Anderson. Dans une deuxième partie, il défend ses écrits et ses positions, il tempère la fougue qu'Anderson lui voue.