Appel à l'initiative des premiers signataires de la pétition Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance
qui prône notamment une détection très précoce des « troubles
comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la
délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l'INSERM, qui
préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès
le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.
Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque
prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au
tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de
jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d'héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ? […]
En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive
d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en
isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun,
en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du
développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante
robotisée. [...] Cette
expertise INSERM intervient précisément au moment où plusieurs rapports
sont rendus publics au sujet de la prévention de la délinquance. On y
lit notamment des propositions visant à dépister dès les trois
premières années de leur vie les enfants dont l’« instabilité émotionnelle (impulsivité, intolérance aux frustrations, non maîtrise de notre langue) (va) engendrer cette violence et venir alimenter les faits de délinquance ».
On assiste dès lors, sous couvert de « caution scientifique », à la
tentative d’instrumentalisation des pratiques de soins dans le champ
pédopsychiatrique à des fins de sécurité et d’ordre public. Le risque de dérive
est patent : la détection systématique d’enfants « agités » dans les
crèches, les écoles maternelles, au prétexte d’endiguer leur
délinquance future, pourrait transformer ces établissements de lieux
d’accueil ou d’éducation en lieux de traque aux yeux des parents,
mettant en péril leur vocation sociale et le concept-même de prévention.