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    Cauchemar de Darwin

    Par soso :: 19/03/2006 - 12:41 :: Lucidité ou parano


    Toute personne ayant vu Le Cauchemar de Darwin est sortie de la salle bouleversée...



    Ce documentaire a en effet pour but de mettre à plat les relations commerciales qui lient les différents continents de cette terre. Il a par conséquent un côté culpabilisant non négligeable; nous, consommateurs européens constamment à la recherche du "petit prix", mettons en péril des populations africaines. Il touche aussi à notre conscience écologique, le Lac Victoria, l'un des plus beaux lacs de la planète voit son écosystème si varié se mourir, les "coucous" russes qui transportent ces poissons sont des poubelles de l'air destinées à finir leur vie en se scratchant sur une piste africaine. Sans parler du traffic d'armes, de la prostitution et du sida, de la famine,... etc, etc, etc...

    Bref, on ne reste pas insensible. D'autant que la chose nous est présentée comme un documentaire.

    Et c'est bien là que commence la polémique.

    Ainsi ­ l'Union internationale pour la conservation de la nature ­a dénoncé dans une lettre ouverte au réalisateur une «image fausse des impacts socio-économiques des pêcheries du lac Victoria» et lui reproche d'avoir fait l'impasse sur tous leurs aspects positifs. Dans un article de la revue "Les Temps Modernes" datée du 19 janvier 2006, l'historien François Garçon s'en prend violemment à Hubert Sauper, lui reprochant de gommer « tous signes de modernité industrielle qui contrarient la thèse ultramisérabiliste d'une Afrique scotchée au malheur, cliché conforme, il est vrai, à l'attente du spectateur occidental».

    La réponse d'Hubert Sauper à tout cela est relativement ambiguë et nous conduit à réfléchir sur le concept de "point de vue" dans les documentaires:

    "C'est une allégorie de tous les scandales."

    En effet, doit-on comprendre que le film est une "fiction"? Ou plutôt que le montage participe à la vision catastrophiste du réalisateur?
    Cette histoire servirait donc d'étendard sous lequel se rangent ceux qui veulent que les rapports inter-nations changent...???
    Cette histoire serait donc bien une "histoire", c'est-à-dire un "récit" "raconté" selon un "point de vue" et avec un "parti pris", celui de dénoncer, de pointer des anomalies....???


    Ce que j'en pense (dans le désordre et pas forcément dans le débat):

    ... il est vrai qu'en ce qui concerne le traffic d'armes (le grief principal de F. Garçon), tout est suggéré, rien n'est montré... On peut toutefois regretter comme lui que ce soit l'élément mis en avant sur l'affiche du film, comme si le film allait démontrer cette thèse.

    ... quant à la Perche du Nil, je suggère que le problème vient de son nom même, elle ne sillone pas le Nil, elle naît, se reproduit et est pêchée dans le Lac Victoria. Pas d'exotisme à cela, elle se rapporche plus du saumon d'élevage écossais que du saumon savage d'Atlantique...

    ... on reproche à Hubert Sauper l'instauration d'un boycott du-dit poisson, or, je trouve que le film montre bien que le commerce de ce poisson a permis un certain développement économique en Tanzanie et que le boycott ne résoudrait rien aux problèmes financiers de la population locale...

    ... et même sur les armes et la guerre, le point de vue est nuancé. Le gardien de nuit dit clairement que le recrutement dans les forces armées est le seul moyen de gagner sa vie, le nerf de la guerre est donc encore la meilleure solution...


    Ce film pose beaucoup de questions et n'en résout pas. Sa valeur (documentaire ou non) se trouve peut-être là...

    Pour continuer le débat, lire l'interview croisé de Sauper et Garçon de Libération.


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    Commentaires
    Le 24/04/2006 - 16:12, par soso -
    Après avoir revu ce film sur Arte ce soir (toujours aussi poignant) suivi d'un débat avec le réalisateur, j'apporte une précision: Hubert Sauper n'étant pas français a utilisé le terme "allégorie" au sens anglais et non français. Ce film n'est pas "une fable" mais "un exemple parmi d'autres", c'est la quintessence du commerce nord-sud.
    Voilà qui clot le débat en un sens...
    Je conseille aussi le "là-bas si j'y suis" de cette après-midi: http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/

    Edité par thelittlebonzai le 25/04/2006 à 10:15
    Le 25/04/2006 - 3:31, par Didi -
    Hum, vrai que l'on se pose des questions sur le côté "Tout noir" du point de vue du réalisateur qui montre du doigt l'Europe en disant "Vous tuez ces personnes", ni plus ni moins, mais toute économie qui monte a des effets positifs et négatifs, il faut certainement faire la part des choses, c'est ce que j'ai pensé à la fin du film, il y a des milliers d'exemples comme celui là, en Afrique, mais pas seulement !
    Le 25/04/2006 - 7:56, par soso -
    Le réalisateur précise pour sa part qu'il y a un message d'espoir dans le film car l'Afrique est un continent jeune et les jeunes présents dans le film ne baissent pas tous les bras, l'enfant du gardien (si je ne me trompe pas) veut être pilote de ligne et l'un des gamins de rue affirme qu'il sera professeur. Il voit en ces enfants un espoir pour l'Afrique...

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