Toute personne ayant vu
Le Cauchemar de Darwin est sortie de la salle bouleversée...
Ce documentaire a en effet pour but de mettre à plat les relations commerciales qui lient les différents continents de cette terre. Il a par conséquent un côté culpabilisant non négligeable; nous, consommateurs européens constamment à la recherche du "petit prix", mettons en péril des populations africaines. Il touche aussi à notre conscience écologique, le Lac Victoria, l'un des plus beaux lacs de la planète voit son écosystème si varié se mourir, les "coucous" russes qui transportent ces poissons sont des poubelles de l'air destinées à finir leur vie en se scratchant sur une piste africaine. Sans parler du traffic d'armes, de la prostitution et du sida, de la famine,... etc, etc, etc...
Bref, on ne reste pas insensible. D'autant que la chose nous est présentée comme un documentaire.
Et c'est bien là que commence la polémique.
Ainsi l'Union internationale pour la conservation de la nature a dénoncé dans une lettre ouverte au réalisateur une «
image fausse des impacts socio-économiques des pêcheries du lac Victoria» et lui reproche d'avoir fait l'impasse sur tous leurs aspects positifs. Dans un article de la revue "Les Temps Modernes" datée du 19 janvier 2006, l'historien François Garçon s'en prend violemment à Hubert Sauper, lui reprochant de gommer «
tous signes de modernité industrielle qui contrarient la thèse ultramisérabiliste d'une Afrique scotchée au malheur, cliché conforme, il est vrai, à l'attente du spectateur occidental».
La réponse d'Hubert Sauper à tout cela est relativement ambiguë et nous conduit à réfléchir sur le concept de "point de vue" dans les documentaires:
"
C'est une allégorie de tous les scandales."
En effet, doit-on comprendre que le film est une "fiction"? Ou plutôt que le montage participe à la vision catastrophiste du réalisateur?
Cette histoire servirait donc d'étendard sous lequel se rangent ceux qui veulent que les rapports inter-nations changent...???
Cette histoire serait donc bien une "histoire", c'est-à-dire un "récit" "raconté" selon un "point de vue" et avec un "parti pris", celui de dénoncer, de pointer des anomalies....???
Ce que j'en pense (dans le désordre et pas forcément dans le débat):
... il est vrai qu'en ce qui concerne le traffic d'armes (le grief principal de F. Garçon), tout est suggéré, rien n'est montré... On peut toutefois regretter comme lui que ce soit l'élément mis en avant sur l'affiche du film, comme si le film allait démontrer cette thèse.
... quant à la Perche du Nil, je suggère que le problème vient de son nom même, elle ne sillone pas le Nil, elle naît, se reproduit et est pêchée dans le Lac Victoria. Pas d'exotisme à cela, elle se rapporche plus du saumon d'élevage écossais que du saumon savage d'Atlantique...
... on reproche à Hubert Sauper l'instauration d'un boycott du-dit poisson, or, je trouve que le film montre bien que le commerce de ce poisson a permis un certain développement économique en Tanzanie et que le boycott ne résoudrait rien aux problèmes financiers de la population locale...
... et même sur les armes et la guerre, le point de vue est nuancé. Le gardien de nuit dit clairement que le recrutement dans les forces armées est le seul moyen de gagner sa vie, le nerf de la guerre est donc encore la meilleure solution...
Ce film pose beaucoup de questions et n'en résout pas. Sa valeur (documentaire ou non) se trouve peut-être là...
Pour continuer le débat, lire l'
interview croisé de Sauper et Garçon de Libération.
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