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    Artaud se souvient d'Hitler et du Romanische Café

    Par soso :: 10/03/2006 - 3:49 :: Au théâtre hier soir

    Quand on va voir une pièce dont le seul et unique acteur va monologuer dans le rôle d’Antonin Artaud, on s’attend forcément à un moment déjanté, et quand on va voir une pièce dont le seul et unique acteur va monologuer dans le rôle d’Antonin Artaud qui nous raconte sa rencontre avec Hitler, on s’attend au pire !

    Ma soirée commence donc par le trajet jusqu’au théâtre…

    Place du Parlement : je suis seule sur mon côté de trottoir, de l’autre côté un homme à l’air, il faut bien le dire, louche. Il traverse la rue en zigzaguant : « Je peux vous demander quelque chose ? » « Heu, oui… » « Vous faites des photos en noir et blanc ? » pas de réflexion : « Non, désolée » Phrase toute faite pour ce genre de situations… Puis je réfléchi… Etrange comme question… Bref, passons…

    Je m’installe, je passe les détails burlesques de la dame derrière qui est trop petite et qui me demande de venir devant elle à la place de ma voisine qui est trop grande, l’ouvreuse qui nous fait tous nous décaler d’une place pour que la fille au strapontin ait une vraie place ce qui fait que la grande revient devant la dame de derrière qu’est trop petite, et la dame de maintenant-devant-moi qui est trop grande et qui bouge la tête tout le temps, et c’est surtitré et j’ai perdu mes lunettes y a deux semaines… blablabla…

    Le rideau ne s’ouvre pas. Sur scène, il y a une grande boîte. Le panneau qui fait face au public porte une inscription, la note qu’Artaud a laissé pour Hitler, celle dans laquelle il lui demande de se rappeler de leur rencontre au Romanische Café. Une ombre verte se déplace derrière ce panneau opaque et finit d’écrire la note. Puis cette ombre s’accroche en haut de la « cage » et arrache le papier. Derrière le plexiglas, dans  la cellule psychiatrique, Martin Wuttke se révèle être un Antonin Artaud des plus convaincants…



    Il m’a fallu environ 20 minutes pour « rentrer » dans la pièce (bon, la tête de la dame, l’élocution en allemand de l’acteur et les surtitres illisibles ont contribués à ce temps relativement long pour une pièce d’une heure quinze) mais, ensuite, un régal !

    20 minutes aussi car…

    La moustache d’Hitler (qui n’a pas une « physionomie théâtrale, sauf peut-être pour un théâtre de province »), c’est effrayant…La folie ça dérange, forcément… Les cris, c’est fort et surprenant…

    Mais tout ça est finalement très attachant et quand l’acteur se met à chanter du Dalida, on est conquis !!!

    Je ne détaillerai pas le reste de la pièce mais la folie égocentrique d’Artaud conjugué à la folie des grandeurs d’Hitler ça donne un mélange d’ « idées explosives »… Comme « la purification des idées », le tout « petit bourgeois », l’ « Europe morte », ou tout simplement « la puanteur » pour ne citer que quelques uns des thèmes abordés dans cette reconstitution d’une rencontre imaginée.

    Le texte de Tom Peuckert est un bijou littéraire, la mise en scène de Paul Plamper époustouflante (la cage est truffée de micros, ce qui donne des effets sonores particulièrement intéressants) et le jeu de Martin Wuttke, une pure délectation !

    A tous ceux qui ont l’occasion d’aller voir ce Théâtre de la Cruauté (dernière représentation ce soir, pour les rennais), n’hésitez pas ! Courez-y car « Ce qui, pour les autres, est sacré, pour celui qui tombe dans la machine à boudin, ce n’est que… du boudin »


    PS : ma soirée s’est finie par le trajet du retour…

    Place Hoche : une odeur de barba à papa, des djembes, ah, bah, oui, …une manif’ anti-CPE ! Soirée surréaliste, s'il en est!

    PPS: je n'ai pas trouvé sur le net la retranscription des 8 lignes d'Artaud à Hitler, sur quoi Peuckert a basé sa pièce mais j'ai trouvé cette lettre d'Artaud qui illustre bien son obsession du nazisme, lui qui appelait Hitler « l’impur Moldo-Valaque de la race des singes innés ».

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